CINÉ-CONCERT

UN MARIAGE AU REVOLVER

ET

SHELDON LE SILENCIEUX (SILENT SHELDON)

VENDREDI 17 NOVEMBRE 20H30

GRANDE SALLE CINÉMATHÈQUE

De ces films, du folklore et de l'esprit d'entreprise

 

Ces films, apparement, n'ont rien à voir avec nos préoccupations. Il faut faire un effort pour remettre dans son contexte le ton et l'esprit du propos. Et savoir que le western américain n'en était, à cette époque, qu'à ses tout débuts ( pas de références plurielles desquels partir pour un contrechant).

Il faut savoir aussi que si le folklore des gardians camarguais a permis ces films, ce n'est pas le felibre Baroncelli, pionnier du "gardianisme", qui en a écrit les scénarios et les a réalisés : ils auraient été tout autre chose s'ils avaient été pensés dans la langue de Mistral et avaient été conçus pour illustrer le destin de la Provence soumise (comme son nom l'indique), et lui en proposer un autre.

 

Néanmoins il y a quelque chose qui nous relie à eux : c'est cet esprit d'invention et d'entreprise décentralisé qui gouverne les actes de Baroncelli et qui permet à un petit coin de terre languedociano-provencal de jeter soudainement, au tournant du siècle (ceux du triomphe de la provincialisation estoufatoire), les fondements d'un réservoir d'histoires, légendes, mythes, et tout un folklore - indépendant, au départ, de l'activité culturelle nationale - propres à être déclinés  dans d'innombrables œuvres ( chanson, cinema, romans, costumes, etc.). Et rappelons au passage que, jusque dans les années 50, il y avait un cinéma (et des studios) marseillais, que l'Alhambra de Marseille tenait tête aux grands caf-concs parisiens (qui récupérèrent nombre de chanteurs-ses) et que la planète Mars d'IAM fut la seule en France, au début du rap francais fin des années 80, à concurrencer celles du 93 et de toutes les productions parisiennes privilégiées par leur situation. Aucun hasard dans cette histoire.

Dans ce lien entre ces films et nous, il y a aussi l'Amérique : c'est en découvrant le cirque de “Buffalo Bill” que  Baroncelli conçut son plan ; ce sont les débuts du western au cinéma muet qui inspirèrent les films camarguais. Comme c'est le country-blues qui inspira Cabrel. Comme c'est Pete Seeger qui, en 1966, dit aux amateurs français de folk américain de s'intéresser aux trésors musicaux de chez eux (et notre intérêt pour le trad sort aussi de là).

C'est le voyage dans l'Amérique de ce que nous pouvions lire, écouter et voir sur écran (cow-boys et indiens de nos illustrés et des westerns, blues et folk, Fenimore Cooper et Jack London avant l'autre -Jack le Kerouac - , les mésaventures de Laurel et Hardy, Tom Sawyer, et tant d'autres choses ), qui a, chez nous, " boustigué "  ( mot provencal passé en anglais sous la forme "boosté" ) les mouvements revivalistes.  Et idem dans plein d'ailleurs.

 

Le western camarguais n'est plus d'actualité : pas comme aux USA où il est devenu un genre de défi obligé pour beaucoup de réalisateurs, tellement le genre s'est "essentialisé" jusqu'à ressembler à la la tragédie antique. Et universalisé en partie. Toujours chercher du neuf dans les topiques (exactement comme pour les chansons des trobadors). Mais reste une question : les cinéastes méridionaux seront-ils un jour capables de s'affranchir de la dictature molle mais prégnante du goût bien francais bien centraliste,  sans croire y échapper par un exotisme débridé et falsificateur qui les enferme dans ce même moule ? J'en rêve. Non par régionalisme. Mais par désir d'émulation, de vie culturelle plurielle. Je verrai bien un grand sud-ouestern pas terne qui fonderait une autre épopée. Et pleins d'autres séries. Et au-delà du cinéma, l'invention tous azimuts dans toutes les formes d'activités, l'imagination délivrée de notre pire carcan : le provincialisme,  qui a peur de rêver haut et fort, peur de créer hors des balises (alors que la création est justement faite pour ca, en inventant d'autres balises au passage), peur de son ombre (ses populations, son patrimoine).

Baroncelli disait : "des  traditions, j'en invente tous les matins !". Voilà un maître !

(voir page   un complément à ce propos concernant aussi l'écologie).

Claude Sicre

Directeur artistique Escambiar

UN MARIAGE AU REVOLVER

UN COURT-MÉTRAGE DE GENS DURAND, 1911, FRANCE - 11 MIN

MUET. NOIRE ET BLANC. 35MM

AVEC GASTON MODOT, JOE HAMMAN, BERTHE DAGMAR

 

MUSIQUE EN DIRECT PAR FRANCIS CABREL (GUITARE SÈCHE).

Les pionniers du western. La Camargue aux allures de l’Ouest des États-Unis. En 1911, c’était possible. Un mariage au revolver est donc un western français filmé dans les étendues sauvages du delta du Rhône. Tommy flirte passionément avec Betsy, la fille d’un ranchman, jusqu’au jour où un jeune dandy sème la zizanie dans le couple. Grand pourvoyeur du genre, le réalisateur Jean Durand convoque la comédie slapstick et la mêle à cette histoire de cow-boys. Bien que fabriqué aux USA, Sheldon le silencieux ne se prend pas plus au sérieux. La preuve : son héros nonchalant traîne son lit à baldaquin en pleine forêt. Adepte de l’oisiveté, Jack Sheldon a pratiquement dilapidé la fortune familiale. Entraînant avec lui son domestique, son chien et son cheval, il se rend en Arizona avec l’intention d’exploiter son ranch pour se renflouer.

Présentation Cinémathèque de Toulouse

SHELDON LE SILENCIEUX

(SILENT SHELDON)

UN FILM DE HARRY WEBB, 1925, 52 MIN

MUET. NOIR ET BLANC / TEINTÉ. 35MM

INTERTITRES FRANÇAIS

SCÉNARIO: PIERRE COUDERC/PRODUCTION: HARRY WEBB PRODUCTION

La Cinémathèque de Toulouse est heureuse de présenter la copie issue de ses collections du film de Harry Webb, Sheldon le Silencieux, à l’occasion du festival Peuples et Musiques au Cinéma.

Musique en direct par Xavier Vidal et Denis Badault (multi instruments) rejoint à la fin par Claude Sicre (galoubet provençal).

 

La séance sera suivie d’une discussion avec Jean-Claude Drouilhet, fondateur de l’association Oklahoma-Occitania,

Xavier Vidal, violoniste de formation, commence à jouer en public à l'adolescence avec un groupe expérimental de jazz-rock qui est devenu légendaire. Il rejoint plus tard le Conservatoire Occitan, joue pour les Ballets occitans de Françoise Dague, rejoint Riga-Raga (expérimental free-trad) monté par Claude Sicre en 1977 et entame avec ce dernier un travail d'ethnomusicologie à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS).

Il part ensuite dans le Lot où il devient l'homme à tout faire de la musique (enseignant, formateur, animateur, chercheur, musicien tous-terrains - classique, jazz, musiques du monde, trad . - avec une prédilection pour les très anciennes - et "sauvages" - pratiques orales et rurales). Il est aujourd'hui responsable de l'enseignement des musiques du monde au Conservatoire à Rayonnement Régional, et associé de très près à la programmation de Peuples et Musiques au Cinéma.

Denis Badault se qualifie aujourd’hui de pianiste, chef d'orchestre, compositeur, chef de «chantiers» et «transmissionneur». Il a suivi l’enseignement du Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

En tant que pianiste et chef d’orchestre, il dirige l’Orchestre national de jazz (ONJ, 1991-1994), crée la Bande à Badault (1982-1989), ainsi que des petites formations : Trio Bado (cd Yolk, 2001) ou actuellement le quartet H3B. Il compose la presque totalité des répertoires de ces différents orchestres ; le "chef de chantiers" œuvre à la réalisation de projets où « tout et tous se mêlent et se mélangent : création, diffusion, formation, professionnels, amateurs, jazz, classiques, technoraprockoccitaniques ».

Denis Badault anime par ailleurs une classe d'improvisation au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse ainsi que des stages sur "improvisation et interprétation ».

Jean-Claude Drouilhet est retraité de l’enseignement public. Il est le fondateur de l’association Oklahoma-Occitania (OK-OC) qui organise depuis vingt-huit ans des échanges culturels avec les Indiens Osages d’Oklahoma. L’association OK-OC s’intéresse en particulier aux efforts de cette nation amérindienne pour maintenir sa culture, sa langue, ses traditions,  son identité culturelle donc, dans la société moderne des États-Unis.